La Grèce

 

 

L'histoire continue

 

En 2015 le Premier Ministre grec a fait adopter les mesures d'austérité qui étaient la condition du nouveau programme d'aide. Il n'est pas inutile de se rappeler les raisons de la "dureté" des Européens à l'égard de la Grèce, et notamment de la part de l'Allemagne. Une Allemagne accusée par ailleurs de vouloir imposer l'austérité à tous ... 

 

1- Un regard dans les coulisses de la politique intérieure de notre voisin permet de relativiser le "nein" allemand. On comprend mieux les choses quand on sait que la problématique grecque ressemblait, toutes proportions gardées, à ce qui se passe régulièrement en Allemagne, dont la Constitution prévoit en effet un dispositif de "péréquation budgétaire". En clair, les Länder (Régions) excédentaires doivent compenser année après année les déficits des Länder qui n'équilibrent pas leur budget. Au grand dam des Länder riches, comme ... la Bavière, furieuse de devoir aider les Länder impécunieux: Bad Wurtemberg, Berlin, Basse Saxe.

Oui la Bavière, fief électoral de Mr Schäuble, Ministre des Finances. Le scénario se reproduit chaque année: débats houleux dans les Parlements régionaux, déclarations à l'emporte-pièce, puis tout rendre dans l'ordre après quelques semaines de discussions violentes. Mr Schaüble, européen convaincu et francophile devait tenir compte de cette sensibilité.

 

2- Cela dit, les Grecs ne pouvaient pas s'en sortir en revenant comme ça, en juillet dernier, la bouche en coeur, acceptant tout-à-coup ce qu'ils avaient refusé pendant six mois. Même si, on l'a bien compris, tout ce temps a été nécessaire pour éveiller l'opinion grecque aux réalités. Après tout le théâtre est né en Grèce. Et le théâtre est porteur de sens. 

 

3- Par ailleurs, tout prêteur connait un principe simple: les conditions du prêt doivent être remplies AVANT le versement de l'argent. Il en est sur ce point des États comme des particuliers. Et ce d'autant plus lorsque la confiance entre parties s'est érodée. Donc Athènes ne pouvait recevoir une nouvelle aide qu'après avoir mis dans la loi des mesures crédibles. A ce point des négociations, ils ne pouvaient qu'accepter. Ils, c'est-à-dire le Parlement a accepté. 

 

Au passage, un coup de chapeau politique au Premier Ministre grec qui a réussi l'exploit de créer une majorité droite-gauche dans son pays. On rêve d'un tel élan d'unité nationale ailleurs, ... en France, par exemple. Et un coup de chapeau encore plus large aux leaders européens qui sont finalement parvenus à s'entendre.

 

Il faut rester optimiste: derrière les déclarations bruyantes (et minoritaires) des anti-euros, anti-Europe et anti-Marchés: il y a un consensus profond et .... discret des peuples européens en faveur de l'Euro. Ce consensus s'exprime peu au niveau des grands partis, paralysés par des lignes de fractures internes. Les anti-Europe sont minoritaires au sein des grands partis, à droite comme à gauche, mais il n'empêche, les leaders sont obligés d'en tenir compte.  

Le problème grec était - il est encore - techniquement simple et politiquement complexe.

 

Sur le plan technique le problème était - est encore - celui de l’équilibre entre recettes et dépenses. Ce pays n’équilibre pas ses comptes car il ne collecte pas assez d’impôts et taxes pour payer ses fonctionnaires, les retraites, les aides sociales. Et si on regarde les choses de près, on ne voit pas comment il pourrait équilibrer ce budget sans une aide massive. Et des investissements colossaux pour créer des activités nouvelles susceptibles d'apporter des ressources fiscales supplémentaires. 

 

Imaginez un banquier contraint de prêter toujours plus à une entreprise qui perd de l’argent et n’a aucun moyen d’en gagner plus ! Impensable. Mais on n’est pas ici dans le conseil d’administration d’une banque, on est dans un projet politique et économique qui s’appelle l’Europe.

 

Sur le plan politique, les difficultés se situent à différents niveaux.

 

Le nombre des négociateurs d’abord. Il s’agit d’harmoniser les points de vue d’un grand nombre de parties prenantes : les 17 pays de l’euro (l’Allemagne et la France donnent l’impression de diriger le jeu, alors qu’ils ne le peuvent pas et se contentent de donner le la),  les autres pays européens, la BCE, le FMI, la Commission, le Parlement Européen. Cela fait du monde ! Et en plus il n’y a pas que des Européens. Le FMI, c’est 50% les Etats-Unis, donc les Etats-Unis commandent ! Le Gouvernement des Etats-Unis, comme tous les Gouvernements agit en fonction de ses intérêts.

 

La sensibilité des opinions publiques ensuite, et du côté européen, et du coté grec. L’opinion des européens se partage en parties à peu près égales entre ceux qui veulent se débarrasser d’un fardeau financier et ceux qui pensent qu’on ne peut pas laisser tomber ce pays, pour des raisons culturelles (la Grèce est mère de notre civilisation), géopolitiques (ce pays ne doit pas tomber dans la zone d’influence de la Russie ou de la Chine), ou de solidarité.

 

La division interne des  grands partis politiques européens sur la question. Gérer quotidiennement les divergences de vues des élus de sa propre majorité est aussi difficile sinon plus que gérer le combat "classique" avec ses adversaires politiques. Aucun pays d'Europe n'y échappe. Ces divergences internes ont toujours existé mais elles ne sont plus "cachées". Et in fine l'accord grec, si accord il y a devra être approuvé par la plupart des Parlements des pays de la zone euro..

 

La montée des populismes européens enfin. La sortie de la Grèce de l’euro aurait donné des arguments à ceux qui veulent conquérir le pouvoir par la critique de l’ordre établi, le rejet de l’étranger, l'abandon de l'euro et le repli sur soi. Mais les leaders populistes cachent soigneusement le hic: qui aurait prêté à la Grèce après sa faillite ? Qui subventionnerait les hausses de prix catastrophiques (essence, matières premières, et autres importations) créées par la dévaluation? La Chine? La Russie? Billevesées! Les marchés ? Peut-être, mais avec des taux d'intérêts colossaux et des garanties draconiennes.

 

L’inconnue, plus que l’attitude de la Grèce, qui était aux abois et ses dirigeants le savaient évidemment, c'était l’harmonisation des positions européennes, l’équilibre à trouver entre les différents parlements, y compris le Parlement Européen.

 

Aucun des dirigeants de grands pays européens ne souhaitait la sortie de la Grèce. Leur job était d’y parvenir sans dommage au plan de la politique intérieure et de la cohérence européenne. Ils ont réussi! .... 

 

Pour aller un peu plus loin dans cette problématique européenne, cliquez sur l'onglet EUROBONDS dans la colonne de droite

 

  

 

 

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MAJ



04/07/2017