Gare aux mirages du "Frexit"



 

POINT DE VUE
paru dans Les Échos le 25 août 2016

 

 

Les Britanniques affichent leur détermination à répondre activement aux défis posés par le Brexit. Il est déjà question outre-Manche de stratégies alternatives pour ­compenser la diminution inévitable des flux commerciaux avec l'Europe. Nul doute que ce pays, fort de son ouverture au monde et de ses capacités financières, saura trouver ailleurs de nouveaux débouchés. Mais nul doute aussi que la transition prendra du temps et que, dans l'intervalle, le niveau de vie des ­Britanniques sera appelé à diminuer.

 

La livre sterling, portée au fil des ans par les flux financiers attirés vers la City, a déjà perdu plus de dix pour cent. Le renchérissement du prix des biens importés est immédiat, tandis que l'effet d'une diminution des prix sur les volumes exportés ne se concrétisera que lentement. D'autant plus lentement que les produits exportés incorporent environ cinquante pour cent de produits importés, ce qui réduit de moitié l'effet de la dévaluation.

 

Les chapitres concernés de livres d'économie aujourd'hui oubliés nous rappellent les menaces de répétition des cycles dévaluation-inflation. Si les temps ont changé, on peut néanmoins comprendre que les dirigeants britanniques mettront toute leur énergie à conserver l'atout maître dans leur jeu que représente la City. C'est en préservant l'attractivité de cette dernière qu'une chute brutale de la livre pourra être évitée. L'épisode récent du franc suisse a montré l'intensité et la brutalité des attaques monétaires auxquelles la monnaie britannique elle-même ne saurait résister. Le gouvernement et les milieux financiers britanniques jouent contre la montre pour désamorcer les anticipations négatives.

 

Vue du côté français, la situation du post-Brexit constitue une répétition exceptionnelle de ce que pourrait produire un Frexit ou un « simple » retour au franc. Exceptionnelle car jamais auparavant un pays n'a vu se dérouler en temps réel le scénario anticipé de ce qui pourrait lui arriver « au cas où ».

 

Quels seraient dans cette hypothèse les atouts français pour éviter une attaque en règle de notre devise et la dégringolade du taux de change? Notre ­commerce extérieur est fortement déficitaire et, à la différence de la Grande-Bretagne, nous n'avons ni capacité pétrolière ni avantage comparatif décisif entraînant un flux de devises susceptible de compenser le déficit commercial. Notre pays n'a pas l'attractivité financière du coffre-fort suisse. Les accords inter-banques centrales permettraient de freiner la chute du franc, mais sans l'empêcher.

 

Faute d'éducation économique et financière, les Français ne perçoivent pas les implications d'une sortie de l'euro. C'est pourtant l'euro qui nous protège des attaques en règle que nous vaudrait la fragilité extrême de nos comptes extérieurs. Cet aspect des choses est hélas escamoté dans les discours maintes fois répétés de la souveraineté recouvrée, dont le retour au franc serait alors l'éclatant symbole ! Ce parti pris idéologique apparaît hélas aussi en filigrane de certaines tribunes « économiques » ! Les divergences de vues des économistes ne peuvent que créer la confusion dans les esprits.

 

Dans ce contexte, le discours de la raison a peu de chances de s'imposer dans l'opinion. Il ne faut pas non plus attendre des grands partis les initiatives pédagogiques que leurs divisions internes interdisent de développer. La solution est peut-être dans la montée au créneau de la société civile, à l'instar de ce qui se passe aux Etats-Unis, où des dirigeants d'entreprise exposent quasi quotidiennement et de manière factuelle les conséquences pour leur activité du programme du candidat républicain. Il faudrait pour cela que quelques grands médias français acceptent le risque d'affronter l'indifférence pour ne pas dire l'hostilité de l'opinion envers les problèmes des entreprises.

 

Alain Lemasson, ancien banquier, est président d'Infofi 2000

 

 

 

 

 

 

 

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25/08/2016