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A- dividendes Capital

 

 



UNE  CHRONIQUE

dans CAPITAL 

(le 12 février 2022)

 

   

 

 

Comprendre les dividendes

 

Les dividendes sont souvent présentés comme une sortie d’argent de l’entreprise en faveur des actionnaires, mais il est rare que soient précisées les raisons et la logique propre de chaque distribution. Faute d’un minimum d’explications, l’opinion est ainsi fondée à penser que les distributions de dividendes privent les entreprises d’une partie de leurs moyens propres, au détriment de leurs salariés et en faveur de groupes d’actionnaires. Des actionnaires dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est que l’argent distribué s’ajoute à leur richesse présumée.

Cette approximation de pensée serait sans gravité si elle ne renforçait l’ignorance et la méfiance à l’égard des marchés financiers, un domaine pourtant capital pour la compréhension de l’économie contemporaine.

Dans son principe, la distribution de dividendes répond en fait à une logique simple, la rémunération du capital apporté par un tiers à l’entreprise. Ainsi, l’entreprise qui bénéficie d’un prêt bancaire s’engage à le rembourser et à payer des intérêts. De la même manière, celle qui va en bourse bénéficie également d’une entrée d’argent. C’est une sorte d’emprunt, mais d’un genre très particulier puisqu’il n’y a ni obligation de remboursement ni paiement obligatoire d’intérêts.  

 

Les dividendes comme les intérêts d’un prêt

Dans ce dernier cas, le prêteur appelé actionnaire espère être rémunéré par les dividendes, la hausse du cours de l’action, ou les deux. L’actionnaire est dans une situation de risque, le risque de gagner peut-être beaucoup, mais de perdre beaucoup aussi. C’est la règle de ce jeu particulier qu’est la bourse.

Un jeu philosophiquement troublant, puisque l’esprit de spéculation des actionnaires, l’avidité diraient certains, deviennent vertu pour l’entreprise et ses salariés, lesquels bénéficient d’un apport d’argent, il faut le redire, gratuit et non remboursable.

Deux exemples d’actualités montrent des logiques très différentes conduisant au versement ou non de dividendes.

Le premier concerne les banques françaises, lesquelles connaissent la particularité d’un parcours boursier difficile ces dernières années.  Presque toutes souffrent d’un écart important entre leur valeur boursière et leur valeur comptable. Cette situation fait d’elles des cibles potentiellement intéressantes pour des OPA, puisque l’acquéreur bénéficierait d’un prix d’acquisition inférieur au prix du marché. Même tempéré par des règlementations diverses et le souci des pouvoirs publics de protéger le système financier français, ce risque est réel.

 

Pourquoi les banques françaises versent des dividendes

Par ailleurs et sur un tout autre plan, ces banques sont soucieuses de conserver leurs actionnaires traditionnels, comme les fonds de pension ou les sociétés d’assurances. Ces actionnaires stables ont souffert de la dévalorisation continue de leur investissement du fait de la chute des cours de bourse. Pour les conserver, les banques n’ont d’autres choix que d’offrir des dividendes élevés, de 5% ou plus du cours de l’action.

Le deuxième exemple est très différent puisqu’il s’agit de Tesla. Le parcours boursier de cette entreprise illustre la logique d’une non-distribution de dividendes et surtout l’intérêt de la bourse pour l’entreprise et son personnel. C’est ainsi qu’après une hausse extraordinaire de son cours de bourse au premier semestre 2020, et sans versement de dividendes, Tesla a levé 5 milliards de dollars en septembre. Cette somme considérable ne représentait qu’un petit pourcentage de la valeur boursière globale et n’a donc pas affecté le cours. Cinq milliards perçus sans obligation de remboursement ou de versement de dividendes.

Entre ces deux extrêmes, les autres entreprises ont chacune leur politique de dividendes. Dans tous les cas, le versement des dividendes est une incitation à l’achat des actions concernées, et le paiement consenti par l’entreprise est largement compensé par la perspective d’une levée de fonds ultérieure en bourse.

 

Alain Lemasson

Ancien banquier – auteur, chroniqueur et enseignant  

 

 

 

 

 

 

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15/05/2022