les marchés

 

 

  

 

 

  

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Les marchés financiers ont dans l'opinion  une double aura de complexité et d'opacité. Moins régulés que les banques, mais régulés quand même, ils jouent en fait un rôle capital en recyclant l'épargne mondiale  dans l'économie.

En bref 

 

Dans cet extrait, il est surtout question de la bourse et du marché des obligations, qui sont les plus importants. Contrairement à une idée répandue, les marchés ne sont pas déconnectés de l'économie. Ils sont en fait  indispensables à l'économie réelle. En effet, ils ne sont pas en "concurrence" avec les banques, mais complémentaires des banques, soumises à de nombreuses limitations quant au volume et au type de risques qu'elles peuvent prendre. 

 

La bourse fait l'objet de nombreux fantasmes dans l'opinion. C'est que l'on parle surtout des investisseurs-spéculateurs. Le point de vue de l'entreprise, rarement considéré, est pourtant nécessaire pour avoir une vue équilibrée de la réalité. 

 

Par ailleurs, on ne peut pas parler de non-régulation. Les marchés boursiers sont en fait étroitement contrôlés au niveau national: l'AMF en France ou la SEC américaine exercent scrupuleusement leur rôle de "gendarmes". En ce qui concerne les autres marchés, on peut parler d'une auto-régulation.  

 

Une réalité s'impose: c'est grâce à la formidable vitalité des marchés américains que des entreprises comme les GAFA (Google, Amazone, Facebook ou Apple), et bien d'autres, ont pu se développer.  Ce n'est pas sans raison que discrètement, mais fermement, la BCE essaie de renforcer les marchés financiers en Europe. 

 

 

Commençons par une "vue d'hélicoptère" pour situer les marchés dans le monde économique et bancaire. Le schéma ci-dessous fait apparaître trois acteurs indépendants : les Banques, les Marchés et les États.  

 

1- Le Système Bancaire, personnifié par les banques et les banques Centrales, est au coeur de l'économie en ce qu'il permet la circulation de l'argent et le crédit. Les banques centrales contrôlent également l'inflation.  

 

2- Les Marchés complètent l'action des banques dans le domaine du recyclage de l'épargne et de la couverture des risques. Par ailleurs, en organisant la libre confrontation de l'offre et de la demande, ils jouent un rôle majeur dans la fixation des prix de toute nature: matières premières, devises, valeur des entreprises, dettes... 

 

3- Les États se préoccupent de la stimulation de l'activité économique, de manière à favoriser l'emploi et la création/redistribution des richesses.  

  

 

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 Les traits pleins représentent des flux d'argent - Les pointillés expriment des influences

 

 

Ce qui apparaît immédiatement est que les banques n'ont pas le monopole du financement de l'économie et donc du recyclage de l'épargne. Il faut compter aussi avec les marchés. Ce n'est pas une affaire de "concurrence" ou de substitution, mais de complémentarité.  En fait les marchés financent tout le mondeTout le monde, c'est-à-dire les entreprises, les Etats, ... et les banques.

 

Pourquoi cela, pourquoi ce "double" circuit des banques et des marchés? La réponse est  dans leur complémentarité. 

 

Cette notion de complémentarité des banques et des marchés n'est pas évidente à première vue. Elle est reprise dans plusieurs modules du cours.  Une manière simple de comprendre est de penser que les banques ne peuvent pas prendre trop de risques sous peine de mettre en danger les dépôts des clients. Par exemple, les banques ne financent pas les startups.. 

 

 

 qui sont les marchés? 

Au sens général, les marchés désignent des lieux de rencontre d'acheteurs et de vendeurs. Il y a des marchés de biens, de produits consommables, de matières premières. Certains sont concentrés et localisés, à l’image des marchés de légumes ou du marché des matières premières de Chicago. D’autres sont disséminés, comme les marchés immobiliers, eux-mêmes subdivisés en marchés d’immobilier résidentiel et d’immobilier de bureaux.


Les marchés financiers sont des lieux – plus virtuels que réels– où s’échangent des « biens » financiers. Le plus connu de ces lieux est la bourse, où les biens échangés sont des actions.  
 

 

Il existe autant de marchés financiers qu’il existe de produits financiers. En dehors de la bourse, le deuxième marché le plus connu est le marché des obligations, ou marché obligataire. 

 

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le miracle de la bourse

La bourse est un endroit magique pour les entreprises, car elles peuvent emprunter sans jamais rembourser. Pourtant ceux qui leur prêtent ont la certitude, ou disons la quasi-certitude de retrouver leur argent,... tout simplement en revendant les actions achetées.

 

Lorsqu'une entreprise émet des actions en bourse, elle reçoit de l'argent en contrepartie. Cet argent devient son capital, il appartient à ses actionnaires, mais elle peut l'utiliser comme elle veut, pour investir, pour acheter une autre entreprise, créer une filiale, etc.


Le point de départ est une émission d’actions appellée IPO, abréviation de
Initial Public Offering,  introduction en bourse. Concrètement, les futurs actionnaires intéressés  paient  les actions au prix fixé par l’entreprise, elle-même conseillée par des banques d’affaires. Cet  argent est versé dans les caisses de l’entreprise.

 

On a donc le schéma d’une forme de prêt. Que certains des premiers actionnaires revendent leurs actions ne change rien à l’affaire. Tout se passe alors comme s’il y avait une substitution de prêteurs, alors que pour l’entreprise rien ne change. L’argent reçu est là, et pour longtemps.

 

En fait, l’entreprise n’a aucune obligation de rembourser les sommes reçues ! Il faut bien voir cette caractéristique incroyable de  l’opération: aller en bourse est comme obtenir un crédit  qui n’est jamais remboursé. Et il en est de même des dividendes, l’équivalent des intérêts, dont le paiement n’est pas obligatoire.

 

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court-terme ou long terme ? 

...les deux!

Cet éclairage renverse l’idée généralement admise du court-termisme de la bourse.

La réalité est différente et philosophiquement intéressante : le temps court de l’acheteur -spéculateur nourrit en quelque sorte le  temps long de l’entreprise, il en est même la garantie.

Quant aux dividendes, ils sont une manière de fidéliser un socle d’actionnaires stables, et  de préparer une nouvelle émission  d’actions le moment venu, donc une nouvelle rentrée d’argent, un « prêt » non remboursable, que l’entreprise peut utiliser à sa guise

 

Les IPOs ne sont pas quotidiennes, loin de là. La plus célèbre est celle d’Ali Baba : 25 milliards $ levés en 2014… et 15  milliards  supplémentaires en 2019 .

  

 

les dividendes 
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Les dividendes sont aux actions ce que les intérêts sont au crédit. Cette vérité simple n'empêche pas la vision générale négative des médias. Les milliards distribués chaque année aux actionnaires du CAC40 accréditent l'idée de l'argent gagné sans effort, l'argent "gagné en dormant ". Une jolie formule, une formule qui frappe, mais fausse. Les nuits des investisseurs sont peuplées de rêves, .... et parfois de cauchemars (2008,... 2020). 

 

L'idée du dividende gagné en dormant est doublement fausse. Fausse d'abord parce que l'actionnaire peut perdre et même perdre beaucoup.  Fausse aussi car gérer intelligemment et efficacement un investissement demande du travail, beaucoup de travail. Ainsi non seulement il y a des années sans dividendes, mais pire, le cours des actions peut baisser.  C'est alors comme si le dividende était négatif. L'actionnaire peut perdre 10, 20 ou même 90% de son investissement. C'est la conséquence de ce qu'on appelle la prise de risque. Le risque de gagner... et le risque de perdre.

 

Ainsi les bourses ont perdu d'un seul coup 30% en 2008 et autant en mars 2020! 

 

Pour cette raison, l'actionnaire n'attend pas tranquillement, en dormant, la tombée des dividendes. Il est au contraire constamment sur le qui-vive. Il lui faut suivre au plus près les entreprises dont il a acheté des actions. Anticiper leur développement, comparer leurs performances avec les entreprises concurrentes. Et surtout diversifier ses investissements pour diminuer le risque des mauvaises surprises. Investir dans des secteurs différents dont on pense que les fluctuations se compenseront. Jauger les dirigeants, sentir les courants investisseurs, les modes, analyser les chiffres. C'est un vrai travail, loin d'une attente paisible et ...  somnolente.

 

 

pourquoi la finance a pris tant d'importance

Tout simplement parce que les entreprises et les Etats ont de plus en plus besoin ... de financement. Chacun peut comprendre que les entreprises ont besoin d'argent pour se développer. De l'argent aujourd'hui pour investir demain et faire des bénéfices après demain.

 

En France et en Europe, on a longtemps pensé que le financement des entreprises était le fait des banques et du crédit. Et cela a été vrai jusqu'aux années soixante. A cette époque on parlait peu de la bourse, une bourse franco-française sans surprises et qui présentait peu de fluctuations.

 

Il est arrivé un moment où  les entreprises ont dû chercher de plus en plus leurs ressources en dehors du monde bancaire. La raison était  - et elle est encore - que les capacités des banques ne suffisent plus à couvrir leurs besoins. L'économie s'est en effet formidablement développée ces quarante dernières années. Aujourd'hui les entreprises se financent en partie avec le crédit bancaire, et pour le reste par ce qu'on appelle le marché. Le marché, c'est essentiellement la bourse et le marché obligataire.

 

Ce besoin de ressources extra-bancaires s'est accentué avec la montée des déficits étatiques, qu'il a bien fallu combler par l'emprunt. L'Etat français emprunte chaque mardi entre 7 et 10 milliards d'euros. Une partie sert à rembourser un ancien prêt arrivé à maturité, et l'autre partie sert à financer les dépenses non couvertes par l'impôt. Grâce à l'existence de marchés bien rôdés, sophistiqués, la France n'a aucun mal à placer sa dette. On parle de marchés "liquides",  c'est-à-dire avec de très nombreux intervenants, de sorte qu'il y a toujours un investisseur pour acheter de ce qui est proposé. 

 

point de vue de l'entreprise 

Prenons l'exemple d'une entreprise qui a besoin de financer un important investissement. Elle recherche des financements "longs", de cinq à dix ans ou plus. On suppose que l'actionnaire n'est pas sollicité pour une augmentation de capital, ce qui serait une manière de résoudre le problème. Deux possibilités s'offrent à elle, le recours à la banque ou le recours au marché financier. 


Le recours à la banque c'est le crédit. Dans cette hypothèse, le prêteur c'est la banque. Celle-ci va probablement emprunter elle-même ce qu'elle re-prêtera, mais c'est elle la banque, qui est en risque. Le critère, c'est qui prend le risque. Pour couvrir ce risque, elle va s'entourer de garanties. Un crédit est une construction juridique lourde et complexe.

Le recours au marché offre plusieurs possibilités techniques, actions ou obligations. Celui qui prend le risque, c'est l'investisseur. L'entreprise n'a pas à fournir de garantie, disons formelle, comme une hypothèque sur un bien immobilier ou une caution de tiers. Elle se doit en revanche d'avoir un profil impeccable, de respecter les règles de transparence et d'obtenir une notation. La notation, établie par un organisme spécialisé, renseigne les investisseurs sur la qualité de l'emprunteur, c'est-à-dire son niveau de risque.
 

 

Les deux formules ont leurs avantages et leurs inconvénients. Disons que le plus sûr pour l'entreprise est de recourir à l'emprunt obligataire. De cette manière elle préserve sa capacité d'emprunt auprès de sa ou de ses banques. La prudence commande en effet de pouvoir emprunter en cas de coup dur, pour supporter le choc d'un événement imprévu, comme la faillite d'un gros client qui devait d'importants montants.

 

L'inconvénient majeur est lié aux contraintes de l'emprunt obligataire, comme par exemple la nécessité d'une notation auprès d'une agence spécialisée. Ce processus impose le maximum de transparence des comptes.  C'est en effet cette notation qui renseigne l'investisseur sur la qualité du risque qu'il va prendre en achetant des obligations.

 

point de vue macro-économique

 

Le système bancaire est insuffisant pour couvrir les besoins de financement de l'économie.

 

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Comme on peut le voir, la contribution des marchés est de 70% aux Etats-Unis. La proportion est inverse en Europe, soit 70% pour les banques et 30% pour les marchés.

 

limites du système bancaire

 

L'insuffisance du système bancaire tient à deux éléments:

 

Sur le plan quantitatif, les banques sont limitées par leurs fonds propres. Pour ne pas mettre en danger les dépôts de la clientèle, elles ne peuvent pas prêter plus qu'un multiple de ces fonds propres.

 

Sur le plan qualitatif, les banques sont limitées dans la natures des risques qu'elles prennent. Elles ne peuvent pas financer des start-up, par exemple, pour la même raison que précédemment, ne pas mettre en danger les dépôts de la clientèle.

 

L'importance relative du financement par les marchés aux États-Unis s'explique simplement par le nombre et le dynamisme des entreprises américaines. 

 

  
régulation des marchés

le problème

La média et les "politiques" répètent sans cesse que la régulation est nécessaire.... et constatent aussitôt que son application est difficile, car elle fait l'objet de vents contraires.

 

D'un côté, les crises financières et bancaires ont montré l'urgence et la nécessité de la régulation. Mais de l'autre côté, la régulation doit être mondiale si elle se veut efficace. Or l'accord entre Etats est difficile à réaliser car tous n'ont pas la même conception du degré de régulation.

 

La règle de base est le contrôle des activités financières qui concernent le grand public. C'est le cas de la banque et dans une certaine mesure de la bourse. Il faut savoir que la régulation nationale dans ces deux domaines existe depuis longtemps.

 

Pour les banques, la régulation au niveau international résulte des accords de Bâle. Ces accords sont informels en ce sens qu'ils ne relèvent pas de l'autorité des États mais de la volonté des banques.

 

Les marchés les plus importants, comme la bourse et le marché obligataire sont soumis à des réglementations contraignantes au plan national.

 

Pour les autres marchés, il y a une forme d'auto-régulation, qui ne relève pas de l'autorité des États. Il y a aussi il est vrai des marchés peu visibles, rassemblés sous le terme de shadow-banking, et que les États voudraient bien contrôler.

 

la régulation un voeu pieu ? La régulation mondiale des marchés financiers demandera  plus de temps, car il faudrait harmoniser les philosophies divergentes du monde anglo-saxon - notamment américain - et du monde européen. 

 

Les choses se compliquent encore si l'on considère qu'il existe deux types de marchés financiers: les marchés structurés, visibles, et les marchés dits "de gré à gré", qui le sont moins.

 

Les marchés de gré à gré s'appellent en anglais les OTC, abréviation de over the counter, une expression imagée dit bien ce dont il s'agit: "par dessus le guichet". Le plus célèbre de ces marchés OTC est celui des CDS, les Credit Default Swaps, dont il est question dans le modules SUBPRIMES et SHADOW BANKING.

 

La question est vraiment philosophique: réguler oui, mais jusqu'où ?  Où est la "juste" frontière entre la protection de l'intérêt commun et la liberté créatrice.....  Et surtout, comment créer un accord mondial ? 

 

 

  
crise des subprimes : un diagnostic incomplet

La crise des subprimes qui a poussé le monde politique a s'emparer du sujet. de la régulation. Cette crise est en effet à l'origine de la crise financière puis de la crise économique qui a lourdement pesé sur l'activité des pays développés.

 

Une erreur de diagnostic semble toutefois avoir été commise. La crise des subprimes n'est pas due à l'absence de régulation mondiale des marchés, mais à l'attitude du gouvernement américain, plus exactement du Ministère du Logement qui a laissé le flou se maintenir quant à la garantie fédérale couvrant ces crédits subprimes. Le jour où le monde financier a réalisé que le gouvernement ne couvrait plus ces  crédits, la panique s'est emparée des détenteurs d'obligations composées à partir de crédits subprimes.  Le doute a été plus fort que tout.   

 

Ce dossier des subprimes illustre plusieurs points importants. L'inventivité des banques d'affaires américaines tout d'abord, auxquelles les États-Unis doivent tout de même le formidable dynamisme de leurs entreprises. Mais surtout la non-compréhension des mécanismes réels de la crise par la plupart des décideurs politiques. 

 

En Europe, il est bien possible que la dimension politique du sujet l'ait emporté sur l'approfondissement "technique" des choses.  il était important pour les États de montrer qu'ils  prenaient les choses en main, et ils l'ont fait en désignant les coupables: les banques.  C'est ainsi que le fer de la régulation s'est porté sur les banques en général et sur les assureurs, dont on a en quelque sorte "coupé les ailes".

 

De nouvelles contraintes de fonds propres ont été imposées à l'ensemble des banques .... au détriment de leurs capacités de crédit. La séparation des activités banque d'affaires et banque de crédit, un thème récurrent et une mesure complexe à appliquer, fait l'objet d'âpres discussions entre le secteur bancaire et le législateurs de chaque côté de l'Atlantique.

 

Et en Europe, il est intéressant d'observer que la BCE utilise toutes sortes de moyens pour permettre aux banques de maintenir leur capacité de prêter à l'économie, alors que la nouvelle régulation produit l'effet inverse. 

 

A noter que le dossier "SUBPRIMES", qui présente un immense intérêt pédagogique, est exposé en fin de cours car son analyse demande l'assimilation de plusieurs notions intermédiaires. Un aperçu peut toutefois être consulté plus haut, en colonne de droite

 

 
 
 

En parcourant cet extrait, vous avez pu vous faire une idée de la CLARTÉ du cours f (3).jpg, qui propose un chemin progressif pour découvrir en même temps les trois domaines  banque, finance économie. Et surtout, sans connaissances préalables!

 

 

 

 VOIR D'AUTRES EXTRAITS  (clic sur image)   

  

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MAJ 10/03/2020



22/01/2014