Les marchés sont dans le court terme

  

  

 

    

image (32).jpg Les marchés ne sont pas seulement dans le court terme.  Leur particularité est en effet d’opérer la synthèse entre le temps court de l'investisseur et le temps long de l'entreprise. 

Résumé  

L’importance des marchés en matière de financement découle des propriétés caractéristiques des « titres », actions et obligations. Loin d’être lié à l’emprunteur-émetteur d’un titre, l'acheteur de ce titre peut changer d'avis et le revendre à tout moment.  Cela ne change rien pour l'émetteur du titre qui bénéficie d’un financement dans la durée. En fait c’est la spéculation des investisseurs qui conditionne l’activité des marchés et donc leur finalité, qui est de permettre aux entreprises de se financer. Les émissions d’actions sont particulièrement intéressantes pour les entreprises puisqu’il y a pour elles aucune obligation de « remboursement ». Loin de se faire concurrence, les marchés et les banques sont en fait complémentaires. Pour une raison essentielle: la capacité de financement des banques est limitée.   Quant à la "pression" des marchés pour des résultats immédiats, ce n'est qu'un élément parmi d'autres à gérer par le management.

  

 

 

1- Les marchés relient le temps long  et temps court

 

Tout le monde a une idée de ce qu'est la bourse: c'est un endroit où il est possible d'acheter et de vendre des actions. Il est très facile d'acheter ou de vendre des actions depuis chez soi, grâce à internet.

 

Ce qui est intéressant à observer, c'est la naissance des actions. Les entreprises émettent des actions dans le but d'obtenir des ressources. Une introduction en bourse, en jargon financier, s'appelle une IPO, abréviation de Initial Public Offer.

 

Le jour-dit, tout le monde (« public ») peut acheter les actions offertes, au prix fixé par l’entreprise. En fait par son banquier conseil, car il faut du métier pour fixer le « bon » prix. Ce bon prix est celui qui attire beaucoup d’acheteurs, et permet de vendre plus d’actions que ce qui était fixé à l’origine, afin de nourrir la confiance, … et la hausse future des cours. Acheter des actions c’est avoir confiance dans les perspectives de l’entreprise.

 

 La bourse : des « financements » jamais remboursés

Il existe d'autres manières d'obtenir des ressources, le crédit bancaire par exemple, ou l’émission d’obligations, mais du point de vue de l'entreprise, les actions ont une caractéristique vraiment intéressante: l'entreprise n’est pas tenue de rembourser aux acheteurs les sommes qu’elle a reçues en échange de ses actions.

 

On pourrait dire que l’émission d’actions est un "crédit" qui n'est jamais remboursé ... ou presque (dans le très rare cas de réduction du capital décidée par la majorité des actionnaires). 

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Pour l’investisseur, la possibilité de retrouver sa mise à tout moment

Mais comment ceux qui achètent des actions acceptent-ils de n’être jamais remboursés ?  La réponse est simple, ils savent qu’ils ne seront jamais remboursés par l’entreprise, mais qu’ils pourront revendre leurs actions à tout moment sur le marché, c’est-à-dire en bourse.

 

Une action peut se revendre d'un clic. Il y a toujours un acheteur. Certes, le vendeur espère réaliser un bénéfice mais il sait qu’il y a aussi le risque de perte. C'est toute la dimension du "pari" que font  les investisseurs sur l'évolution possible des cours.  

 

L’émission d’actions en bourse a toujours lieu un jour précis, annoncé d’avance. Dès le lendemain, parfois le jour même, une fraction plus ou moins importante des acheteurs revend les actions acquises à de nouveaux investisseurs et le cycle achats-vente démarre.

 

Le cas le plus spectaculaire de ces dernières années est celui d’Ali Baba. Son IPO de vingt milliards d’euros a suscité le jour-même un courant acheteur inattendu. A la première cotation, les cours ont monté, signe que le marché était prêt à absorber plus d’actions. Profitant de l’aubaine, la société a procédé dès le lendemain à une deuxième émission qui lui a rapporté près de cinq milliards de dollars supplémentaires.

 

Le volume des échanges quotidiens en bourse est considérable. De nombreux sites permettent de suivre cela à chaque instant.  Le suivi des cours pendant une semaine de l’action Apple par exemple donne une idée de cette activité endiablée des investisseurs. Le graphique ci-après est extrait du site gratuit Boursorama.

 

On voit que le volume, c'est-à-dire le nombre d'actions Apple échangées chaque jour varie de 25 et 50 millions, soit un montant quotidien entre 3 et 5 milliards de $. Ce montant ne représente qu’une fraction de la valeur totale d'Apple en bourse, de l’ordre de 200 milliards de dollars au début 2016.  Chaque jour, des investisseurs ont payé ces sommes à d’autres investisseurs pour l’achat de leurs actions d’Apple, soit un transfert entre 3 et 5 milliards de dollars de comptes bancaires à comptes bancaires. Ceux qui vendent pensent que l’action a perdu son potentiel de hausse et ceux qui achètent pensent l’inverse.

 

La co-existence de ces perceptions opposées est la condition du bon fonctionnement de la bourse. A noter que lorsque tout le monde pense la même chose, il n’y a plus de « marché ». Dans un mouvement haussier par exemple, les cours peuvent ainsi atteindre des niveaux vertigineux, donnant naissance à ce qu’on appelle une bulle spéculative. Cette bulle peut se résorber dans le temps ou exploser brutalement. Le krach se produit lorsque tout le monde décide de vendre en même temps.

 

Temps long et temps court

Le miracle de la bourse – et sa raison d’être - est dans la cohabitation de deux mondes ayant des visions complémentaires de la notion de temps, le monde des investisseurs et celui des entreprises.

 

Les entreprises sont dans le temps long. Elles savent que les ressources obtenues lors de l'émission initiale (l'IPO) et dans ses émissions ultérieures,  leur sont acquises dans la durée. Les investisseurs sont dans le temps court. Ils peuvent revendre à tout moment, voire même faire plusieurs aller-retours dans une même journée. La raison d’être et le bon fonctionnement de la bourse reposent sur ce mouvement quotidien et sur son intensité. Il n’y a pas chaque jour une IPO, loin de là, mais chaque jour un grand nombre d’opérations d’achat-vente, donc un grand nombre de participants. C’est la condition pour l’entrée de nouveaux investisseurs.

 

Les volumes énormes échangés chaque jour en bourse ne doivent pas tromper, il s’agit bien d’échanges. Si mille échanges d’un euro ont eu lieu dans la même journée, on parle d’un volume d’échanges de mille euros, alors qu’en fait c’est le même euro qui a circulé ! Le jour de l’IPO, le premier euro est allé directement dans les caisses de l’entreprise qui a émis l’action. Lorsque le premier acheteur revend son action, il récupère son euro qui par exemple retournera sur son compte bancaire  où il sera prêté par la banque. Bien loin d’étre perdu pour l’économie, ce premier euro a permis dans tous les cas d’aider l’entreprise à investir.

 

Contrôle des opérations de Bourse

Comme on peut s'en douter, l'accès initial à la bourse et le maintien de la cotation au fil du temps imposent des contraintes sévères pour les entreprises, comme la publication trimestrielle de comptes certifiés et le respect des normes comptables. Le monde de la Bourse est très encadré, il y va de l’intérêt de tous de préserver la confiance.

Les organismes de contrôle des marchés jouent un rôle essentiel à cet égard. Un organisme comme la SEC aux États-Unis dispose ainsi de pouvoirs étendus. La capacité d’investigation de ces organismes est essentielle. Leur mission est de contrôler qu’il n’y a pas de manipulation des cours.

Les entreprises cotées doivent respecter des règles précises concernant la publication d’informations susceptibles d’influencer leur cours en bourse. Les ordres d’achat – ou de vente - importants précédant une communication essentielle sont particulièrement scrutés.

 

La pression du marché sur les résultats

A ces dispositions règlementaires s’ajoute un élément de bon sens. L’intérêt de toute entreprise cotée en bourse est de voir son cours progresser régulièrement. Il y va de son image, de l’intérêt financier des cadres détenteurs de stock-options, et surtout de ses chances d’accueil positif pour de futures émissions d’actions.

Les entreprises qui ont annoncé des pertes sont particulièrement scrutées par le marché dans son ensemble et naturellement par les détenteurs de ses actions. La chute des cours amplifie l’importance des pertes tant que les perspectives de redressement restent floues. La « pression » psychologique des investisseurs concernés est alors très forte. L’entreprise se doit d’annoncer au plus vite des mesures crédibles.

Pour les managers concernés, en fait, les choses ne sont pas très différentes, que la société soit cotée en bourse ou pas. Les propriétaires d’une société en perte exercent de toutes façons une pression de tous les instants sur les managers. Les choses sont simplement plus visibles en bourse, puisque les propriétaires sont les actionnaires et que ces derniers ont le droit de s’exprimer publiquement sur la gestion de l’entreprise.

 

2- Investisseurs ; simplicité des achats / ventes de titres

 

Les obligations présentent de nombreux points communs avec les actions. Pour l’entreprise, il s’agit d’une autre manière d’obtenir des fonds dans la durée, mais avec des particularités différentes. Par exemple, le taux d’intérêt d’une obligation est fixé à l’émission, tandis que le dividende d’une action dépend des décisions des actionnaires.

 

Pour les investisseurs aussi, les différences sont importantes, sauf sur un point. Comme les actions, les obligations peuvent être revendues à tout moment sur un marché spécifique, le marché obligataire. Comme la bourse, le marché obligataire doit garantir à tout détenteur d’obligation la possibilité de trouver un acheteur.

 

Une obligation c’est un crédit facilement cessible

La raison d’être de la notion d’obligation apparait dans la comparaison avec le crédit. Un crédit « courant » comme un crédit immobilier, un crédit d’investissement ou un prêt personnel résulte d’un accord formel entre emprunteur et prêteur. Un emprunteur et un prêteur identifiés.

 

Pour le prêteur, les limites du crédit résultent du fait qu’il est « lié » à l’emprunteur, en ce sens que si à un moment il change d’avis, il ne peut pas demander à l’emprunteur le remboursement immédiat du crédit.

 

Pour illustrer le cas où ce remboursement anticipé pourrait être souhaité par le prêteur, un exemple.

 

Un particulier prête cinquante mille euros à un ami et convient avec lui d’un prêt remboursable en totalité à l’issue d’une période de cinq ans, avec paiement d’intérêts intermédiaires. Ils s’entendent pour rédiger un accord document ressemblant en tous points à un contrat de prêt. Les choses se passent bien, les intérêts sont payés aux échéances convenues. Mais  la troisième année, le prêteur découvre qu’il aurait bien besoin de ses cinquante mille euros pour faire face à une dépense imprévue. Impossible moralement et même juridiquement, de demander le remboursement anticipé du prêt à son ami, qui d’ailleurs ne le pourrait pas. Le prêteur n’a d’autre ressource que de s’adresser à son banquier.

 

C’est précisément pour faire face à ce genre de situation qu’une autre manière de faire a été conçue. Plutôt qu’un contrat de prêt liant le prêteur et l’emprunteur, il aurait été plus simple d’établir un document signé par l’emprunteur et lui seul, précisant son engagement à payer « au porteur » cinquante mille euros à une certaine date ainsi que et des intérêts sur cette somme. Quelque chose comme une reconnaissance de dette, mais sans mention de bénéficiaire.

 

Le prêteur aurait alors tout simplement « acheté » ce document. Le-dit prêteur ne s‘appelle plus « prêteur » mais « investisseur », même si dans ce cas les deux fonctions sont économiquement identiques : A prête à B et A prend le risque de non-paiement de B, ce qui est la définition du crédit.

 

 L’avantage de cette transformation ? Le document ainsi rédigé serait devenu immédiatement cessible. En d’autres termes, le prêteur aurait été libre de le revendre à son gré, sans aucune formalité.

 

A condition bien-sûr de trouver un acheteur, c’est-à-dire quelqu’un disposé à prêter cinquante mille euros remboursable deux ans plus tard, et produisant l’intérêt fixé à l’origine.

Difficile ? Certainement pas si ce placement est proposé à des dizaines de milliers d’investisseurs potentiels. La probabilité de trouver preneur devient alors une certitude, et ce d’autant plus si les taux d’intérêts ont baissé sur la période écoulée. L’acheteur bénéficiera alors de conditions meilleures que celles du marché.

 

Le papier cessible qu’auraient pu imaginer nos deux amis préfigure ce qu’on appelle aujourd’hui - pour les entreprises et les États - une Obligation.

 

Le marché obligataire

 

Le succès des obligations est phénoménal. Il y a dans le monde énormément d’entreprises et d’États qui ont besoin d’argent. Et il y a en face énormément d’autres entreprises, d’États et d’institutions qui ont de l’argent disponible. Cette demande et cette offre se rencontrent chaque jour sur le marché obligataire. Les prêteurs, du fait de leur nombre sont toujours sûrs de pourvoir revendre les obligations achetées, avec, en prime, la possibilité de faire un bénéfice.

 

Cette souplesse explique l’immense succès de cette forme de prêt. Les volumes quotidiens avoisinent les milliers de milliards d’Euros !

 

Notons au passage que cette forme de financement des uns et des autres se fait en « dehors des banques » en ce sens ce n’est pas la banque qui fait crédit. La banque se contente d’enregistrer les flux.

 

3- Entreprises : une alternative au financement bancaire

 

Pour l’entreprise, le financement par émission d’obligations est une alternative au crédit bancaire.

 

Une entreprise qui a besoin d’argent pour financer un investissement – recruter ou acheter des machines – a le choix entre trois solutions : elle peut souscrire un crédit bancaire, émettre des obligations ou aller en bourse.

 

Un crédit bancaire doit être impérativement remboursé. Une émission obligataire aussi …. sauf qu’il y a un moyen de l’éviter ! Par exemple en émettant, le jour du remboursement, de nouvelles obligations pour le même montant que celles qui sont arrivées à échéances. L’argent « frais » ainsi obtenu permet le remboursement des obligations précédentes. L’opération est neutre pour l’emprunteur. C’est d’ailleurs la manière de procéder de l’État français.

 

Pour les actions c’est beaucoup plus simple. Comme indiqué plus haut, les actions émises ne sont jamais remboursées … par l’émetteur. Sauf cas exceptionnel, lorsqu’une entreprise est dissoute, ce qui n’arrive jamais ou presque, ou, cas très rare aussi, lorsque l’entreprise rembourse pour partie les actionnaires.  En fait ce sont les actionnaires qui décident.

 

En pratique, les entreprises combinent les trois modes de financement. Il y a à cela une raison macro-économique, évoquée au chapitre précédent, à savoir l’insuffisance des capacités du seul système bancaire au regard des besoins de l’entreprise. Il y a aussi une motivation des entreprises à combiner les caractéristiques de ces trois modes de financement.

 

 Le financement par le marché est adapté aux besoins de long terme de l’entreprise, comme ses investissements « lourds ». La bourse permet ces financements de long terme mais au prix d’une perte d’autonomie possible dans la mesure où les nouveaux ont leur mot à dire sur la gestion de l’entreprise.

 

Le financement par le marché obligataire n’a pas cet inconvénient mais oblige néanmoins l’entreprise à une certaine transparence car elle est alors soumise à l’impératif de notation, c’est-à-dire de l’évaluation périodique de sa note de risque.

 

Le crédit bancaire est adapté aux besoins de court et moyen terme de l’entreprise. Il présente en revanche un risque d’instabilité car l’établissement prêteur peut imposer des contraintes précises sous peine de non-renouvellement des crédits court terme. 

 

L’utilité de la spéculation

 

C'est un paradoxe qui peut étonner: la spéculation des investisseurs sur les marchés conditionne le bon fonctionnement de leur finalité première qui est de permettre aux entreprises de se financer.

 

L'importance du marché se mesure par sa taille, c'est-à-dire le nombre d'intervenants, et par l'intensité des échanges. la combinaison de ces caractéristiques définissant ce qu'on appelle sa liquidité.

 

Les échanges -ventes et achats - "spéculatifs" contribuent à doper les volumes du marché. La volatilité des cours, c'est-à-dire les écarts importants sur une courte durée sont pour beaucoup d'investisseurs des opportunités de gain. 

 

Plus il y a d'intervenants, plus ces intervenants sont actifs et plus le marché est, selon l'expression consacrée, liquide. Un marché liquide est celui qui garantit qu'à tout moment il y aura un acheteur ou un vendeur.

 

Ce dynamisme profite indirectement aux entreprises qui ont besoin de financement, car toute nouvelle émission d'obligations ou d'actions de la part de l'une d'entre elles aura d'autant plus de chances de trouver "preneur". 

 

 

 

 

  

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MAJ 10/18



25/07/2016