Tesla

 

 

 

 





UNE  CHRONIQUE

d’Alain Lemasson

(Capital le 22 septembre 2020)

  

Tesla sur les sommets (titre original) 

 

Entre janvier et septembre 2020, le cours  de l’action Tesla a littéralement explosé, passant de 400 $ à plus de 2200$. Une hausse phénoménale, à l’aune de l’évolution des marchés notamment, puisque sur cette même période, le Nasdaq, l’indice des valeurs technologiques, ne gagnait que 20% et le Dow Jones, l’indice de la bourse de New York perdait 3%. De ce côté de l’Atlantique, le Dax de Francfort perdait 4%, tandis qu’en France, le Cac 40 abandonnait plus de 19%.

On imagine la perplexité des détenteurs d’action Tesla, toutes catégories d’investisseurs confondues. Lorsqu’une action gagne 40 ou 50%, le bon sens invite à penser que les cours de bourse, comme les arbres, ne poussent pas jusqu’au ciel, il faut donc vendre, et encaisser au plus vite la plus-value inespérée.

Ce que beaucoup ont fait, naturellement, provoquant le ralentissement et l’interruption momentanée de la hausse. Mais pour constater, vingt-quatre heures plus tard, que le cours de Tesla reprenait sa progression insensée. Beaucoup de ceux qui avaient vendu ont racheté, pour revendre après une nouvelle hausse de 50%, sans vraiment comprendre ce qui se passait.

 

Une ascension justifiée

 

Face à ce yoyo ascensionnel de l’action, les analystes ont été longtemps perplexes. Il a été rapidement acquis que la hausse du cours résultait bien d’un supplément de demande, et non d’un jeu obscur de produits dérivés.

Très rapidement, des gérants de fonds ont anticipé par des ventes à terme le retournement brutal de cette demande, jugée ponctuelle, et donc la baisse des cours, le pari étant d’acheter plus tard à bas prix ce qu’ils s’engageaient à vendre au prix fixé d’avance. Plusieurs fonds et hedge funds, victimes de ces anticipations, ont subi des pertes énormes.

Ce que les marchés semblaient ignorer a été révélé alors : oui Tesla,  avait bien toutes les cartes dans son jeu, tous les ingrédients d’une incroyable success story. L’entreprise, qui sous-traite très peu, conçoit et fabrique elle-même les éléments essentiels de la valeur-ajoutée d’une voiture électrique, c’est-à-dire l’électronique, les logiciels et surtout la batterie. Et sur ces trois points, Tesla a une avance considérable sur ses rivaux potentiels, américains, européens ou chinois, de 3 à 5 ans selon certains. Et elle pourrait bientôt diversifier son activité dans la vente de batteries et de camions électriques

 

Un potentiel remarquable

 

Sur le plan commercial, le marché mondial et notamment  chinois sont acquis à Tesla. Le constructeur est de surcroît positionné sur le très haut de gamme, un segment qui offre des marges élevées. Quant au fondateur de la marque, il a acquis sa crédibilité de constructeur par la réussite de plusieurs projets industriels spectaculaires.

La hausse du cours résulte donc d’une logique classique d’anticipation des succès à venir à partir d’éléments objectifs et convaincants. Ce qui est pour le moment sans explication rationnelle reste l’amplitude de la hausse et sa soudaineté, le plus étonnant étant que cette hausse n’est peut-être pas terminée.

Deux événements auraient pu annoncer une retournement de tendance, la vente d’un important paquet d’actions par une banque japonaise et surtout l’annonce d’un nouvelle émission d’actions par Tesla.

L’impact de cette annonce a été en fait habilement dilué par la récente division par cinq du cours de l’action. Chaque détenteur d’actions a reçu cinq actions nouvelles d’une valeur faciale réduite dans la même proportion, donc sans changement. Cette diminution de la valeur faciale a surtout permis d’attirer une autre catégories d’investisseurs  plus à l’aise avec un prix unitaire abordable. La demande supplémentaire d’actions Tesla est donc susceptible d’effacer l’impact baissier d’une émission d’actions nouvelles.

 

Création de valeur : la réalité

 

Cet épisode de l’action Tesla restera dans les annales et peut-être dans l’histoire. Pour son  intérêt pédagogique notamment, et l’illustration de la notion de création de valeur.

 

Dans la représentation courante, création de valeur et profit sont souvent synonymes, une confusion conduisant à transférer sur la création de valeur les connotations négatives habituellement attachées au profit.

 

L’épisode Tesla a montré en accéléré une réalité simple. Distincte du profit, la création de valeur jaillit sur toutes les parties concernées. Son anticipation fait monter le cours de l’action. La hausse du cours enrichit les actionnaires existants, elle enrichit aussi l’entreprise grâce à une émission d’actions qui lui procure de nouvelles ressources, 5 milliards de $ selon les prévisions de Tesla.

 

Cette masse d’argent que l’entreprise n’a pas à rembourser lui permet d’investir, de recruter, de se développer, d’assurer son avenir et celui de ses salariés. La création de valeur anticipée par les marchés se concrétise de manière positive, sans léser personne. Le miracle de la bourse…

Alain Lemasson

 

 

 

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22/09/2020